« Pour que tu te souviennes, » murmura-t-il, « qu'il y a de la lumière même sous la pluie. »
Léo posa ses lèvres sur les boucles brunes de Raphaël. Il sentit leur parfum de shampoing à la pomme. Il sut que ce moment, fragile et immense, resterait gravé en lui pour toujours. Parce qu'aimer un garçon, ce n'était pas une honte. C'était juste aimer.
Un soir, alors qu'ils cherchaient un livre sur une étagère trop haute, leurs mains se touchèrent. Léo retira la sienne comme s'il avait pris une décharge électrique. Raphaël le regarda, et pour la première fois, son visage s'ouvrit, vulnérable.
Léo ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il avait peur. Peur que Raphaël devine. Dans son collège de province, on disait « pédé » comme on disait « merde ». Léo l'avait entendu cent fois dans les couloirs, craché comme une insulte. Histoires Jeune Garcon Gay
« Tu aimes quel poète ? » demanda Raphaël, en sortant un carnet couvert de stickers.
Raphaël avait des boucles brunes qui lui tombaient sur les yeux et une façon silencieuse d’exister, comme s'il cherchait à se faire oublier. Mais Léo, lui, ne pouvait pas l'oublier.
« Léo, » dit-il doucement. « C'est toi que je regarde, moi aussi. » « Pour que tu te souviennes, » murmura-t-il,
Raphaël devint blanc comme un linge. Léo, lui, sentit une colère froide monter dans sa poitrine. Il se leva. Il ne savait pas ce qu'il allait faire, mais il ne pouvait plus se taire.
Raphaël sourit. « Moi, c'est Rimbaud. Parce qu'il parle de la liberté. »
« Et alors ? » dit-il, d'une voix qui tremblait à peine. « Et alors, quoi ? » Il sut que ce moment, fragile et immense,
Dans la chambre de Léo, alors que la nuit tombait, Raphaël sortit un marqueur noir de son sac. Il prit la main de Léo et dessina un petit arc-en-ciel sur sa paume.
Pendant trois semaines, ils se retrouvèrent chaque soir à la bibliothèque municipale. Sous le regard absent de la bibliothécaire, ils découpèrent des images, collèrent des vers, et peu à peu, Léo apprit des choses sur Raphaël. Qu'il avait vécu à Lyon avant. Que son père ne lui parlait plus. Que la musique l'aidait à dormir.
« Verlaine, » répondit-il enfin, d'une voix étranglée. « Parce qu'il parle de la pluie. »
Léo sentit ses yeux s'embuer. Il avait attendu ces mots sans même savoir qu'il les attendait. Ils restèrent là, immobiles, dans le rayon des classiques, et le silence n'était plus un ennemi mais un allié.
Un mardi de pluie, le professeur de français les mit en binôme pour un exposé sur la poésie. Raphaël vint s'asseoir à côté de Léo sans un mot. Son épaule frôla celle de Léo, et Léo sentit son cœur tambouriner contre ses côtes comme un prisonnier.